Sociologie politique de l'Europe du Sud 01 - 10 (cours 1)



 La célèbre photo du pope, du Parlement et du peuple grec.


Sociohistoire politique de l’Europe méridionale


L’espace de l’Europe du Sud se caractérise par une crise. Comment cette crise est arrivée et qui y a-t-il derrière ? On trouve en fait en arrière-plan une crise politique et notamment une crise de l’État, celui-ci va mal. En France, l’État n’est pas affaibli et fonctionne correctement, pas en Europe du Sud. Traditionnellement, quand un État va mal, on passe d’État défaillant (qui ne remplit pas tous ses devoirs) à État faillis (qui perd le contrôle d’une partie de son territoire) puis à l’État somalisé (qui implose). En Europe du Sud, ce serait surtout des États faibles, donc pas encore défaillant. Les concepts appliqués pour l’Europe du Sud peuvent servir pour une portée plus vaste. Des États faibles, on peut en retrouver en Afrique, en Europe du Nord, en Amérique du Sud, …


I.                   Les sentiers d’« étatisation » différenciés

1.      Structure

Les États d’Europe du Sud ont des constructions d’États différenciées du reste de l’Europe mais aussi différenciés entre eux. La structure de l’Europe du Sud repose entre autres là-dessus. Ainsi, quand l’État wébérien s’est construit au cours du XX° siècle, l’Espagne voyait au même moment son État détruit par différents régimes (dont celui de Franco). On avait donc des pays soumis à des dictatures. Parfois les Etats étaient difficilement détachés de la religion qui parfois dominait l’aspect social de l’État. Cette question de la religion qui prend en charge des tâches de l’État révèle une sorte de pouvoir complémentaire mais parfois concurrent, on avait en quelques sortes deux États : l’un officiel, l’autre religieux. En Grèce, c’est un sujet récurrent, l’Eglise orthodoxe possède plein de choses dont entre autre des territoires entiers qui sont sous le contrôle, non pas du Gouvernement, mais de l’Eglise orthodoxe. Ainsi, ces États d’Europe du Sud sont souvent très faibles d’un point de vue social. En Espagne, pour compenser la faiblesse de l’État face à la santé ou au système locatif, les étudiants restent longtemps chez leurs parents. Selon les propos de Pierre Bourdieu, on a la main droite de l’État (coté strict et sécuritaire) et la main gauche de l’État (coté social et protecteur). De ce point de vue en Italie, sans système étatique de soins, l’Italie n’aurait pas de main gauche. D’autres pays n’ont pas de main droite.

2.      L’étatisation

Le problème d’une étatisation différenciée c’est que cela implique que l’État n’est pas neutre. L’État est plus faible, il lui plus difficile de se défendre.
De plus, l’État est parfois poreux, il ne parvient pas à monopoliser certaines tâches. C’est ce qui pousse à des phénomènes de concurrence. Ainsi, un État faible sur l’aspect éducatif va voir des systèmes privés se multiplier pour pallier à l’absence de l’État dans ce domaine éducatif. Cet affaiblissement favorise le développement d’un clientélisme.
Enfin, un État faible, on peut essayer de le contrôler, alors différents groupes vont tenter de le maîtriser. Cela favorise une compétition entre ces groupes pour utiliser et mener l’État selon son souhait. L’État n’est jamais totalement indépendant, mais dans les États du Nord, on voit des États qui essayent de se détacher des lobbies et groupes de pression. Dans les États du Sud, cette domination est beaucoup plus forte. Ainsi en Grèce, la police semble partiellement infiltrée par des groupes néonazis.






II.                L’État en Europe du Sud, un espace de lutte entre élites

1.      Différents types d’élites

Cinq types d’élites semblent se dégager dans les pays d’Europe du Sud :
·         L’armée : elle forme une élite particulière aboutissant parfois à des « États dans l’État ». Leur importance vient du fait que l’État est faible et leur laisse une certaine autonomie. Le contrôle de l’État sur l’armée est aussi bien maigre. Il aboutit parfois que ces élites militaires veulent conquérir les États. Par exemple, en Grèce on ne sait pas le budget exact de l’armée grecque. Donc on ne sait pas toujours non plus leur mission. Il en résulte que selon les estimations, en pourcentage du PIB, la Grèce est le pays de l’UE qui dépense le plus dans l’armée. Cela vient entre autres du passé du pays, dirigé temporairement par des militaires.
·         Les élites économiques : plus l’État est faible, plus la place de ces élites est importante. Elles contrôlent l’économie avec une tendance à favoriser la fuite des capitaux au détriment de l’État. Ainsi en Grèce, les élites économiques envoient leur progéniture étudier à l’étranger, c’est une évidence pour ces élites. Leurs préjugés peuvent donc être dommageables pour l’État.
·         Les élites bureaucratiques : les fonctionnaires qui agissent dans le cadre dans l’État peuvent parfois en maîtriser un pan entier. Si en France, les élites bureaucratiques ont une indépendance, leurs abus sont rares (et comparativement bien faibles).
·         Les élites politiques : censées gouvernées le pays, il leurs arrivent parfois de s’engager dans des processus de clientélaire. Ainsi, on peut se contenter d’aider uniquement son territoire au sein d’un État en ignorant totalement les autres problèmes du pays.
·         Les élites religieuses : relativement importantes en Europe du Sud, elles sont parfois très proches de l’État. Ainsi à Malte, une bonne partie du territoire appartient à l’Eglise catholique.

2.      Les rapports entre les élites et l’État

De sa faiblesse, l’État en Europe du Sud produit des élites fortes et est d’autant plus menacés. Cela se renforce par le fait qu’il y a une faible distinction entre les élites et l’État. Ainsi on retrouve ces élites dans l’État, les concours officiels sont largement truqués, la justice peu neutre, … On a donc des fonctionnaires plus liés aux élites extérieures qu’à l’État même. Avec une telle situation, l’expertise s’en ressent et est moins pertinente.

L’enjeu d’avenir est donc dans le renforcement de l’État d’une part, et la neutralisation de cet État d’autre part. Cela passe donc par des recrutements neutres qui évitent le copinage ou la cristallisation de certaines élites dans des branches de l’État. De telles solutions en revanche prennent beaucoup de temps et les visions sur le long terme sont nécessaires.

Géopolitique de l'Asie pacifique 01 - 10 (cours 1)



Diaspora chinoise, culture américaine ... Le tout en France.


Introduction


Un article (le second). Eviter le manuel « pays par pays ». Des ouvrages sur Chine, d’autres sur Japon, d’autres sur Corée.

La définition de l’Asie est variable. D’un point de vue géographique, on a le continent asiatique qui s’étale de la Turquie au Japon. Mais si l’on considère la notion de « Moyen-Orient », qui a des logiques géopolitiques propres, on peut se concentrer sur une définition plus restreinte de l’Asie. On peut aussi évincer l’ensemble des pays en –stan, les pays d’Asie centrale qui sont sortis de l’influence de l’URSS. Reste donc deux zones, l’Asie pacifique et l’Asie indienne. Pour des raisons de spécialités du professeur, ce sera surtout l’Asie pacifique, parfois évoquée comme étant l’Extrême-Orient. Pour ???, la notion d’Extrême-Orient est évidemment très européocentrée, ce serait une zone bien éloignée de l’Europe et très différente de notre civilisation. Mais une telle vision reste assez schématique et tient aussi au passé colonial de la région.
Sur cet espace d’Extrême-Orient, on peut trouver une « sous-zone » : l’Asie du Sud-Est qui s’étale du Myanmar aux Philippines. Cette notion a pris son sens au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Elle a pris encore plus de sens avec la création de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN, Association of SouthEast Asian Nations). En revanche, l’Asie du Nord-Est ne qualifie jamais l’ensemble des pays du Nord. En se ciblant sur cette espace d’Extrême-Orient, on trouve une cohérence géopolitique, ce qui n’est pas forcément le cas d’un point de vue économique.

Notre espace d’étude apparaît principalement comme étant très hétérogène. Du point de vue géographique, il n’y a pas de cohérence : les climats sont très variés entre le Nord de la Chine et l’Indonésie, la taille des pays est très variable, … Géographiquement, on aurait alors l’Asie du Nord-Est, l’Asie du Sud-Est péninsulaire et l’Asie du Sud-Est archipélagique.
Sous l’angle démographique, idem. On a des écarts de population conséquents entre la Chine avec officiellement 1,3 milliards d’habitants et Brunei avec 320 000 habitants. On a aussi des différences de densité de population avec 5 500 hab/k² à Singapour, 331 hab/k² au Japon et 21 hab/k² au Laos. Au sein même des pays, on a aussi des disparités de populations comme en Chine (disparité entre la côte et l’intérieur), au Vietnam (disparité entre la côte et l’intérieur) et en Thaïlande (Disparité entre Bangkok et le reste du pays). Enfin sur le plan humain, on a une grande diversité ethnique. Certains des pays ont une ethnie dominante comme le Japon et la Corée, d’autres possèdent une pluralité d’ethnies comme le Vietnam (qui en possède 54), la Chine (qui en reconnaît environ 50) ou le Myanmar.
Sur le plan culturel, deux grandes civilisations ont influencé cet espace : la civilisation chinoise et la civilisation indienne. On peut constater ces deux influences dans l’Asie du Sud-Est péninsulaire (dans l’architecture, la nourriture ou la religion).
Politiquement, les régimes sont aussi très variés avec des pays communistes (Corée du Nord, Chine, Laos et Vietnam), des démocraties (Corée du Sud, Taïwan, les Philippines et l’Indonésie récemment), des monarchies absolues (Brunei), des monarchies parlementaires (Thaïlande, Japon, Malaisie et Cambodge). Les pays autoritaires souples sont alors la Malaisie et Singapour. Les dictatures dures associent la Chine, le Vietnam et le Laos. Une dictature très dure pour la Corée du Nord. On trouve enfin des démocraties plus ou moins récentes avec un processus démocratique plus ou moins avancé.
Enfin sur le plan du développement, là encore, on a une grande disparité. On a des pays à très faibles revenus classifiés comme Pays les Moins Avancés (PMA) tels le Laos, le Cambodge et le Myanmar. D’autres a revenus intermédiaires inférieurs (Indonésie, Philippines, Vietnam), d’autres à revenus intermédiaires supérieurs (Chine, Thaïlande) et enfin des pays à revenus élevés (Japon, Corée du Sud, Singapour, Taïwan).



La grande idée qui prime, c’est que cet espace est largement sinisé. Sur les éléments les plus récents, la Chine est l’acteur dominant local tant sur le plan démographique que sur le plan économique. D’une manière générale, les flux d’échanges convergent vers la Chine (cf les cours d’économie de l’Asie). Ne serait-ce que pour ces deux raisons, la Chine est donc un pôle important.
On peut alors identifier autour de la Chine, un certain nombre de cercles concentriques. Le premier cercle se concentre sur la Chine de l’Est, le long des côtes et un peu dans les terres. Ce cercle correspond aussi au lieu de vie de l’ethnie Han, la principale ethnie chinoise représentant 95% de la population chinoise. On trouve aussi dans ce cercle la plus forte concentration de population chinoise. Le deuxième cercle correspond à l’ensemble du territoire chinois, on prend en compte les régions de l’Est de la Chine. On trouve alors les autres ethnies du pays dans ce deuxième cercle. Le troisième cercle comprend la Chine d’outre-mer, c'est-à-dire la diaspora chinoise que l’on trouve de manière très présente en Malaisie, à Singapour, en Indonésie et dans les Philippines. Le quatrième cercle correspond au monde sinisé, un monde où la culture chinoise a influencé le pays sans pour autant qu’on y trouve une forte diaspora. Il s’agit de la péninsule coréenne, du Japon et Vietnam. Enfin le cinquième cercle englobe l’ensemble de l’Asie pacifique.

Les cercles les plus intéressants sont sans doute le troisième cercle et le quatrième cercle. La diaspora qualifie la dispersion d’une population ???. Aujourd’hui le terme diaspora a finit par qualifier l’ensemble des membres de cette diaspora qui sont dispersés dans le monde. Pour pouvoir parler d’une diaspora, il faut au moins quatre grandes caractéristiques. Il faut une multipolarisation de la migration du groupe (qu’il soit national, ethnique ou religieux), que ce groupe se disperse réellement dans plusieurs pays. Il faut aussi une interpolarité des relations, c'est-à-dire des liens migratoires ou économiques ou affectifs qu’entretiennent entre eux les membres des pôles de la diaspora. Ces liens peuvent se faire entre groupe de diaspora ou entre un groupe de la diaspora et leur région d’origine. Cela forme généralement un réseau assez complexe entre le pole de départ et les pôles d’arrivée. Sans cette interpolarité, il s’agit simplement d’une migration. Troisième élément, il faut une identité sociale de caractère ethnique ou religieux (les deux vont souvent ensemble). Dernier élément, le territoire sur lequel les membres de la diaspora sont répartis doit être discontinu. Le sentiment de partager des origines communes forge l’identité collective, sans ce sentiment, on ne peut vraiment parler de diaspora.
Dans le cas chinois, on peut confirmer cette notion de diaspora, tous les éléments se retrouvent. Historiquement, on constate de grandes vagues de migration. On peut ainsi remonter jusqu’au III° siècle avant JC où des vagues de populations chinoises ont migrées au Nord de la péninsule indochinoise, parfois plus loin (comme au Cambodge). Au XIII° siècle et au XIV° siècle cela se reproduit avec des tentatives pour atteindre la Malaisie et l’Indonésie. La principale vague migratoire se déclenche au XV° siècle par des expéditions commerciales. Mené par Zheng He, ces expéditions permettent l’établissement de liens étroits avec des marchands chinois locaux implantés dans ces pays. Les migrations vont s’intensifier suite à l’installation des Européens en Asie au XVI° siècle, avec des Portugais à Malacca et des Espagnols aux Philippines. Ces colons Européens installés, des marchands Han vont les imiter pour des raisons commerciales. Cela s’intensifie au milieu du XVII° avec des migrations à Taïwan. Ces premières vagues sont celles de marchands donc. On a tout de même des mariages entre les familles chinoises et quelques populations indigènes, souvent avec une conversion culturelle des Chinois.
Au XIX° siècle, cette logique change. Les migrations s’intensifient encore dans la seconde moitié du XIX° siècle. En effet, ce sont les guerres de l’opium, la Chine est régulièrement en guerre contre les Français et les Anglais. Ce sont donc des réfugiés Chinois qui quittent leur pays pour s’installer dans d’autres pays plus stables. On dénombre aujourd’hui 1,5 millions de Chinois qui se réfugient à Singapour, d’autres iront en Malaisie ou encore en Indonésie. Ces pays sont choisis car les Européens exploitent dans ces pays des cultures et des mines, ainsi que le développement de ports francs comme Malacca.
L’essentiel des émigrés chinois viennent du Sud de la Chine, des provinces du Fujian, du Guangdung et de l’île de Hainan. Evidemment les dialectes de chaque région sont différents ce qui permet de mieux identifier leurs mouvements aujourd’hui. Les migrants du Guangdung vont vers la Malaisie, Singapour et le Vietnam. Les migrants du Sud et du centre du Fujian, s’orientent un peu vers Singapour mais principalement vers la Thaïlande et le Cambodge. Une autre partie des migrants venus du Nord du Fujian (les Hokkien)  vont se rendre à Taïwan. Une partie des migrants venant du Honan (au Nord de la Chine), les Hakkas, migreront d’abord vers le Sud de la Chine, notamment à Hong-Kong, avant ensuite de partir un peu partout dans les terres du Sud-Est asiatique. Enfin, les habitants de l’île de Hainan ont surtout émigrés vers des zones hors Asie : Canada, États-Unis, Australie, …

Géopolitique de l'Afrique 30 - 09 (cours 1)




 La désertification, une crise environnementale ou pas ?


???


I.                   Un continent en crise ?

Par crise on entend une situation où les conditions de reproduction d’un système ne fonctionnent plus, le système ne peux donc plus se perpétuer. Cela peut toucher un système économique, politique, … On insiste alors souvent sur le versant négatif de la crise alors qu’on peut aussi mettre l’accent sur les transformations parfois positives que la crise amène. D’autre part, une crise est jugée brutale, elle induit une rupture. Or pour l’Afrique, s’il y a une crise, elle dure depuis au moins 30 ans. Peut être y a-t-il dans la crise africaine une résilience qui pérennise le système.

Des indépendances aux années 1980, l’Afrique est assez stable avec des États possédant à leurs têtes des présidents-dictateurs, qui furent élus une fois et qui ont conservé le pouvoir par la suite. Les frontières ne sont pas remises en cause. Les conflits sont donc peu nombreux. Ces rares conflits tiennent au contexte politique de Guerre Froide où certains États sont alliés au bloc de l’Est et d’autres au bloc de l’Ouest. Mais il s’agit plus de paralysie qu’autre chose.
Aux alentours des années 1980 – 1990, cela change. Les cours des matières premières fluctuent de plus en plus et au final ont tendance à décliner. Or les économies africaines reposent sur cette exportation de matières premières. Du coup, les pays se retrouvent vite endettés. De plus, des crises sociales émergent de cette économie fragile. A cela s’ajoute les déstabilisations politiques puisque les présidents-dictateurs meurent ou sont remplacés. Les États occidentaux s’en mêlent et la chute de l’URSS ajoute des flux d’armes en circulation en Afrique qui jusque là était relativement limités.
En conséquence on a parlé de « décennie de chaos » pour qualifier les années 1990 en Afrique, « guerre mondiale africaine » pour qualifier les conflits du centre de l’Afrique (Rwanda – Burundi, …). Depuis 2005 – 2006, une nouvelle zone d’instabilité émerge, la zone sahélienne. En effet, depuis le Darfour, le Sahara est un espace de moins en moins contrôlé, un Islam radical et violent s’y développe. Ces grandes zones instables sont aussi accompagnées de conflits alentours.
Dans ces zones on trouve des conflits et des guerres civiles mais aussi des guerres interétatiques (souvent les deux aspects se mélangent). C’est donc la région du monde où on trouve le plus d’États faillis, d’États voyous, … Mais de tels modèles occidentaux ne peuvent se transposer si aisément en Afrique. L’idéal de l’État wébérien ne peut pas s’appliquer à l’Afrique. Alors on a des États qui sont contestés dans leur territoire, qui ne détiennent pas tous les pouvoirs régaliens.

On trouve aussi des crises sanitaires qui sont mesurées par les taux de mortalité (particulièrement avec le taux de mortalité infantile puisque les enfants sont les plus touchés). Ces crises tiennent à l’absence de conditions sanitaires décentes (eau potable, …), au manque d’infrastructures (peu d’hôpitaux, de docteurs, …), … En moyenne en Afrique, 1 enfant sur 10 n’atteint pas l’âge de 10 ans. Dans les pays d’Afrique australe, on trouve parfois 30% de séropositifs au SIDA.

On parle aussi des crises environnementales avec une avancée progressive du désert dans le Sahel, cela qualifie surtout des zones où les sécheresses sont de plus en plus longues. Or le continent est pour un tiers en climat aride ou semi-aride, donc très sujet à des épisodes de sécheresses. D’ailleurs le rapport du JIEC publié en septembre 2013 souligne que l’aridité risque de s’accentuer en Afrique et les sécheresses exceptionnelles pourraient bien se faire plus régulières. S’en suit alors la question de la vulnérabilité des États africains face à ces changements climatiques.
Evidemment, ces crises environnementales sont manipulées pour être associées aux crises politiques (comme la guerre du Darfour soi-disant consécutif à une aridité).

Les crises alimentaires perdurent en Afrique quand l’Inde et la Chine ont presque relevées le défi de stabiliser ces crises. Depuis 2007 – 2008, on revoit apparaître une certaine insécurité alimentaire.

Les crises économiques ne sont pas non plus à négliger, la plupart des pays africains sont pauvres si on excepte l’Afrique du Sud et le Nigéria qui s’en sortent bien. La plupart de ses économies sont primaires, donc exportatrices de matières premières. On a alors des modèles rentiers, des exportations de matières brutes qui sont transformées à l’étranger avec une valeur ajoutée pour être revendues ensuite en Afrique. L’Afrique apparaît donc en situation de vulnérabilité face aux cours mondiaux (mais en contrepartie en période de mieux, l’Afrique est tirée vers le haut). Politiquement, l’État rentier qualifie un État où les revenus issus de la rente sont captés par une élite politique et / ou économique pour n’être redistribué que modérément vers le pays. Le système ne marche que si la rente fonctionne, pas si elle est en crise. Dans le système de rente, il faut distinguer les exportateurs agricoles et les exportateurs miniers. Les exportateurs agricoles furent touchés par les crises des matières premières agricoles : Ethiopie, Kenya, …
Un autre versant de cette économie révèle qu’en Afrique, les secteurs les plus importants sont l’agriculture (avec des transitions urbaines parfois achevées, parfois en cours et parfois pas du tout entamées), puis en ville on trouve principalement comme activité les économies informelles, le secteur des télécoms, le commerce, l’artisanat, le bâtiment, … L’économie informelle a bien des aspects négatifs. Ce système de débrouillardise empêche tout revenu à l’État, les travailleurs vivent dans une situation assez précaire, le développement du pays n’est pas possible.
La crise économique se prolonge par l’aspect de mise à l’écart de l’Afrique dans la mondialisation. Le continent ne touche que 1,5% des flux de capitaux mondiaux, concentrés surtout en Afrique du Sud, au Nigéria et en Angola. Il faut tout de même souligner que le continent s’inscrit malgré tout dans les nouvelles technologies, qu’il continent est en lien avec tous les autres pays puisque ses premiers partenaires économiques sont les USA puis la Chine. On a aussi les flux de population avec des facteurs push (qui repoussent la population, comme la guerre) et d’autres facteurs pull (qui attirent la population, comme la ville ou la richesse). L’essentiel des migrations sont intrafricaines avec quelques nouvelles destinations hors Afrique : la Chine, l’Inde, l’Afrique du Nord, les pays du Golfe et les USA.

Reste la crise démographique, où la population africaine a vu son taux de mortalité chuter rapidement mais pas son taux de natalité. De plus, la fécondité reste à un niveau élevé depuis longtemps. Du coup, on s’est dit que le modèle de la transition démographique n’était pas valable pour l’Afrique. En fait, si, mais de manière assez instable. Du coup, on a l’arrivée de plusieurs jeunes sur un marché du travail déjà saturé.

Depuis 2005, les indicateurs si mauvais pour l’Afrique semblent évoluer un peu plus positivement. Ainsi, on a parfois entendu parler de la « renaissance africaine », discours qui s’appuie sur quelques pays modèles (l’Afrique du Sud, le Ghana, …). On a donc certains pays jugés stables, d’autres qui se stabilisent, d’autres qui ne s’effondrent pas en dépit des analyses, … D’autres au contraire s’effondrent comme le Mali qui est passé de relativement stable à instable.
De plus, les taux de croissance sont plutôt encourageants en Afrique, jusqu’à 7% dans certains pays. Ainsi, la crise financière de 2008 ne les a guère touché, du fait aussi qu’il étaient assez peu inscrits dans la mondialisation. Cela s’explique aussi par le fait que le prix des matières premières est monté avec l’émergence de nouveaux États émergents très consommateurs (de la Chine au Brésil). On peut notamment souligner l’intérêt nouveau pour le pétrole africain. En effet, le continent possède deux grands bassins sédimentaires : le Sahara et le Golfe de Guinée. Du coup, puisqu’on aurait dépassé le pic oil, il faut diversifier les sources de pétrole. Ainsi, avec la remontée des cours, les entreprises sont prêtes à miser davantage. On fonctionne sur du pétrole off-shore en pleine mer ce qui est plus sur que de l’on-shore sur des pays instables.
Les ressources minières ne sont pas non plus négligeables. L’expression de « scandale géologique » par exemple, fait référence au Katanga, une région scandaleusement riche en minerais selon les experts. On y trouvait des métaux nobles et des terres rares.
A cela on peut ajouter le land grab, une prise de terrain par des pays étrangers pour y faire des cultures agricoles.

Tout cela diversifie les partenaires avec l’Afrique. L’Europe n’est plus la seule région à tenir l’Afrique. On peut ajouter la Corée du Sud, la Chine, l’Indonésie, l’Inde, le Japon, le Brésil, les pays arabes (tant historiquement que culturellement, politiquement et  religieusement). On trouve aussi des acteurs intrafricains comme l’Afrique du Sud, mais aussi le Nigéria, … Sans compter les multinationales et les firmes implantées en Afrique, les diasporas, …
Ainsi les anciens alliés historiques de l’Afrique sont toujours très présents mais méfiants face à l’arrivée de ces nouveaux acteurs qui proposent de meilleurs conditions de partenariat.

Autre point positif, un retour de classe moyenne africaine avec une élite qui part temporairement à l’étranger pour revenir ensuite travailler dans leur pays d’origine. Des artistes internationalement reconnus font aussi partis de ce paysage positif.

D’un autre coté il y a des points négatifs qui demeurent. La situation politique instable demeure surtout avec la crise sahélienne. De plus, l’évolution de l’IDH stagne en dépit de la montée économique du continent, le plan social ne s’améliore pas depuis les années 2000. Enfin, la question de l’État rentier persiste : la rente est captée par une élite, le marché de l’emploi stagne en l’absence de marché industriel, … L’expression de « malédiction des matières premières » demeure.


II.                Comment aborder les questions africaines ?

1.      Le courant ???

Ce courant a longtemps souligné à quel point la réalité africaine était occulté derrière l’afro-pessimisme. Cet afro-pessimisme qualifie l’Afrique de continent du malheur, qui cumule toutes les crises et qui ne pourra évoluer. Ce discours est très ancré dans le discours public, scientifique et politique. L’afro-pessimisme revient à décrire une situation qui va mal. Pour ce courant, un tel discours empêche de connaître la véritable situation africaine, il fausse la donne et méconnaît le continent. De plus, ce discours est très ethnocentriste. Enfin c’est une vision néocoloniale qui justifie le maintien d’une domination des pays d’Europe.
La méconnaissance de l’Afrique se révèle par l’utilisation des indices statistiques. Le Produit Intérieur Brut (PIB) est impossible à mesurer avec l’économie informelle. Les statistiques démographiques sont faussées, certains États les maximisent pour toucher des subventions, d’autres les minimisent pour montrer leurs efforts. L’approche quantitative est fragile et l’approche qualitative l’est tout autant. Cette méconnaissance transparaît aussi par la prise en compte globale de l’Afrique. Ce serait un tout, en dépit des différences de cultures, de langues, … Les mesures qualitatives sont aussi parfois très difficiles d’accès, certaines régions sont inaccessibles dans des périodes de l’année, d’autres trop dangereuses. On qualifie ces espaces de « zones grises », qui sont peu mesurées par les chercheurs, ou uniquement par des organismes humanitaires. La méconnaissance repose aussi sur une série de discours déterministes avec des modèles souvent décalés sur l’Afrique. C’est le cas de la notion d’« ethnie », notion qui résonne presque uniquement pour l’Afrique et qui sert d’explication mécanique dans certains conflits. Idem pour le climat à l’origine de conflit, comme on peut le lire pour le cas du Darfour. Ce discours apparaît alors parfois comme simplificateur, ignorant d’autres facteurs d’influence et parfois menant à une victimisation.
L’aspect ethnocentriste transparait par des conceptions occidentales transposées en Afrique. Parler de l’État africain quand celui-ci existe depuis 60 ans, c’est difficile de tenir la comparaison avec les États occidentaux. Du coup, on fait comme si l’État était central et on minimise d’autres acteurs (les multinationales, les systèmes corporatifs, la cellule familiale, …). Du coup, selon les indicateurs européens, l’Afrique apparaît toujours inférieure (comme le caddie de denrées nécessaires). On perpétue ainsi l’aspect néocolonialiste, à l’instar du discours de Nicolas Sarkozy où « l’homme africain n’a pas d’histoire ».




2.      La tentative de retournement des points de vue

Suite à ces écueils, il s’avère difficile d’étudier l’Afrique. Les études postmodernes ont montrés à quel point les discours scientifiques sont imprégnés de vanité et sont construit par un groupe particulier d’individus. Cela impose au chercheur de se replacer dans son contexte et sa démarche, d’autant plus que l’Afrique contient des morceaux d’identité française et que c’est une zone dangereuse avec une grande misère humaine.
C’est aussi difficile car le chercheur se retrouve face à des courants de pensées nationaux voire internationaux. Il y a beaucoup de querelles d’écoles comme avec le courant des postcolonial studies inspiré d’Edward Saïd, discours parfois globalisant, discours militant, discours peu utilisé dans les relations internationales.