Sociologie politique de l'Europe du Sud 22 - 10 (cours 3)


Un sujet cher à Plantu.



Les processus méridionaux de l’élargissement de l’Union Européenne


Le problème de l’élargissement de l’Unions Européenne (UE) a longtemps été en direction de l’Europe de l’Est. Aujourd’hui, c’est plutôt les Balkans et la Turquie qui interrogent sur un futur élargissement : Macédoine, Serbie, Monténégro, Turquie et Islande sont candidats. D’autres États attendent d’être validés comme véritables candidats : l’Albanie a candidaté mais n’a pas été encore validée. Les derniers sont potentiellement candidats : Suisse, Bosnie-Herzégovine, Norvège et Kosovo. Présentement, c’est donc l’Europe du Sud qui questionne.


I.                   Les élargissements au Sud

1.      La Grèce, le Portugal et l’Espagne

Après le Bénélux puis l’Allemagne, l’Italie et la France, on a eu l’adhésion à toutes les périodes des pays d’Europe du Sud qui ont posés problème lors des élargissements.

Lorsque la Grèce a adhéré à l’UE en 1981, son adhésion a été longue et difficile. L’accord d’association date du 9 juillet 1961, mais dès le 8 juin 1959, la Grèce avait fait les démarches pour être associée à la CEE. La Grèce posait problème pour son caractère peut démocratique, associé aux autres pays d’Europe. En revanche, il était stratégique d’un point de vue de la Guerre Froide. Son enjeu géopolitique était celui d’un arrimage dans le bloc de l’Est, proche de l’ex-Yougoslavie. Lorsque la dictature en 1967 et 1974 s’installe, les partenariats sont gelés. Sitôt les colonels tombés, le 17 novembre 1974, des élections libres se déroulent et le 26 novembre, le gouvernement élu déclare vouloir adhérer à l’UE. C’est accepté en 1976, on ouvre des sessions de discussion avec différents gouvernements grecs (dont certains étaient critiques vis-à-vis de l’UE). En 1979, on finit  par fixer un calendrier. Le 28 juin 1979, le Parlement grec signe l’accord pour rejoindre l’UE, puis les 9 pays déjà membres votent chacun leur tour et finalement le 25 juin 1980, les Pays-Bas acceptent cette entrée. L’adhésion se fait donc le 1 janvier 1981. Sur la durée, la Grèce a donc mis beaucoup de temps à rejoindre l’UE.
Sur le plan politique, on s’élargissait au sein de l’UE. Sur le plan économique, on prévoyait de faire rattraper la Grèce au PIB moyen de l’UE. Ce serait fait en 2006 et la Grèce est aujourd’hui grâce à l’UE le pays le plus riche des Balkans. Les évènements se sont succédés avec les Jeux Olympiques en 2000, puis son adhésion à l’euro en 2004, …

Pour le Portugal, il s’agissait d’un des principaux États membres d’une construction concurrente de la CEE, l’AELE (Association Européenne de Libre Echange). On a longtemps vu les 6 membres de la CEE opposés aux 7 membres de l’AELE. A cela on peut ajouter le COMECON (conseil d’assistance économique mutuelle) dans les années 1990, qui réunissait les pays d’Europe de l’Est communistes proches de l’URSS. Quand le Portugal entre dans la CEE en 1986, cela fait déjà 9 ans que le Portugal a entamé les conversations pour joindre le projet.

L’Espagne elle aussi a eu cet ancrage dans l’OTAN et la CEE. Son adhésion fut aussi lente et difficile. En 1977, le pays pose sa candidature, juste après le Portugal. Longtemps cela va pêcher car la France est foncièrement opposée à l’Espagne sur les aspects agricoles et piscicoles. Avec l’Espagne on a donc immédiatement des tensions entre les États membres et les États candidats. On a donc eu 8 ans et demi d’attente pour l’Espagne, ce qui est assez long.
En 1986, on assiste donc à une méridionalisation de l’Europe (au départ, la France et l’Italie, puis vient la Grèce et ensuite le Portugal et l’Espagne). Puisque quelques États du Sud moins riches ont été intégrés, alors, les autres États du Sud de l’Europe y voient une porte d’entrée. D’ailleurs le Maroc pose aussi une candidature, poussant l’UE à fixer de nouvelles règles d’adhésion comme celle d’une partie du territoire sur le continent européen. Cette règle exclue de facto le Maroc, mais la Turquie peut encore candidater.
Depuis son adhésion, l’Espagne a rattrapé son retard économique, a aussi eu des Jeux Olympiques, … L’Espagne est aujourd’hui une des 4 têtes principales de l’UE, s’engageant activement dans le processus de l’UE avec nomination de ses dirigeants à la tête de certains organismes européens. En 2005, l’Espagne vote massivement pour une constitution européenne. C’est donc un pilier important de l’UE, très favorable à celle-ci.

On notera qu’il y a eu des confrontations entre les pays du Nord de l’Europe avec ces pays du Sud. Le Royaume-Uni parlait des PIGS (Portugal, Italia, Greece, Spain). Et les pays germaniques de « pays du Club Med ».

2.      Chypre, Malte et la Croatie

En 1990, Chypre et Malte déposent leur candidature qui sont associées à celles des pays de l’Est. Ces candidatures seront encore longues puisque les deux pays n’intègreront l’UE qu’en 2004. C’est d’autant plus difficile que ces pays sont d’anciennes colonies britanniques (avec des morceaux de leur territoire sous commandement britannique). Leur emplacement est aussi stratégique : Malte est proche du détroit entre l’Italie et la Tunisie, tandis que Chypre a pour voisin proche la Syrie. Soulignons aussi l’adhésion d’extrême justesse de Malte en 2003, où uniquement 58% des Maltais votent pour l’adhésion à l’UE, bien loin de l’euphorie des pays précédents. Chypre ratifie aussi l’adhésion en 2003 sans qu’il y ait de vote auprès de la population du fait du territoire divisé en deux. Seul le Sud de Chypre est devenu membre de l’UE. C’est une forme d’échec puisque toute l’île n’a pas rejoint l’UE. Ces adhésions sont plus mitigées que les adhésions précédentes.

La Slovénie fait figure d’exception puisqu’elle a adhéré bien vite à l’UE en 2004 puis à l’euro en 2007. On réalise aujourd’hui que ce pays modèle possède une économie dirigiste plutôt corrompue.

La Croatie qui a ses côtes sur la Mer Adriatique, sous-entendu Méditerranéen, est un État particulier qui a postulé alors qu’il était en guerre en 1992. C’est aussi un État à la forme toute particulière qui est aussi insulaire. Deux États européens sont insulaires : la Grèce et la Croatie. Du fait des problèmes de guerre dans les années 1990, évidemment l’UE a longtemps retardé son adhésion. La candidature fut acceptée en 2004 et les négociations ont commencé en 2005. Son adhésion est donc éminemment politique. Il y a aussi une notion économique puisque la Croatie avait une bonne économie. En 2004, on a donc distingué la candidature croate de la candidature turque sur cet argument économique (ainsi que sur la livraison d’un criminel de guerre). En plus, pour ne rien simplifier, la Slovénie a annoncé qu’elle bloquerait l’entrée de la Croatie au nom d’un conflit frontalier maritime. Finalement, après être passé en commission et avoir négocier, la Slovénie laisse entrer la Croatie.
Si en France, peu importait l’adhésion de la Croatie, dans les Balkans, en Italie et en Slovénie, c’était un enjeu majeur. Ce qui a largement profité à son adhésion, c’est que son économie stable en période d’instabilité économique, lui a permis finalement d’entrée en 2013, devenant le 28° membre de l’UE.

Dorénavant, il ne reste que des pays méditerranéens qui soulèvent des enjeux géopolitiques majeurs pour entrer dans l’UE. Il reste donc trois États balkaniques qui ont déposés leur candidature et qu’on a reconnus comme candidat : Macédoine, Monténégro et Serbie. L’UE leur demande régulièrement une mise aux normes de leur législation avant de véritablement débuter leur intégration. L’Albanie a déposé sa candidature pour rejoindre l’UE en 2009 mais n’est pas encore reconnue comme candidate. Seuls la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo n’ont pas encore candidaté mais sont de potentiels candidats. Le Kosovo n’est pas sans poser de nombreux problèmes, il est membre de la zone euro mais n’est pas reconnu comme État par quelques membres de l’UE (comme l’Espagne).
Quant aux micro-États : Andorre, Monaco, Vatican et Saint-Marin, ils ne sont pas membres de l’UE mais sont compris dans l’espace Schengen, l’euro et autres cadres de l’UE.


II.                La candidature turque

1.      Histoire : 1955 – 2006

La Turquie est un membre important de l’OTAN depuis 1955. Son rôle de pilier se double d’un rôle stratégique. La même année que la Grèce, en 1959, la Turquie demande un accord d’association et l’obtient en 1963 : c’est l’accord d’Ankara. Le président de l’époque déclare alors que la Turquie a vocation à entrer dans l’UE. Depuis lors, pour les élites turques, il est évident que la Turquie entrera dans l’UE mais cela prend du temps. Alors que les élites européennes n’ont cette conception que depuis une vingtaine d’année. En 1987, quand la démocratie s’est véritablement installée, alors elle a déposée sa candidature. Cette « vocation » turque à entrer dans l’UE s’appuie sur les liens historiques, économiques, … En 1989, la commission européenne refuse cette adhésion au nom d’un trop grand retard économique mais aussi un problème politique lié à un conflit violent avec les Kurdes.
Cependant, depuis 1989 et jusqu’à 1999, la Turquie prend son essor économique et arrête aussi le leader turque du PKK, Abdullah Öcalan. Du coup, la Turquie retente sa chance mais la Grèce retarde encore un peu avant d’accepter en 1997. La candidature turque est donc validée par la commission européenne en 1999 et on envisage l’adhésion pour un horizon de 2015. C’est donc tout de suite un processus assez long. En 2002, on ouvre les négociations à la condition de quelques réformes symboliques que la Turquie doit effectuer. Le 17 décembre 2004, les négociations son ouvertes par l’UE. En 2005, les négociations débutent, en 2006, on rédige le premier chapitre.

2.      Une candidature gelée depuis 2007

Premier problème rencontré par la Turquie, les dirigeants européens qui se succèdent ne sont pas toujours d’accord avec leurs prédécesseurs. Ainsi en 2005, Angela Merkel se déclare en faveur d’un « partenariat privilégié », ce qui ne fait pas de la Turquie un membre de l’UE mais lui donne une grande flexibilité dans les droits avec l’UE plus que les autres soutiens. Alors que Jacques Chirac était très favorable à l’entrée de la Turquie, l’UMP y était réticente. En 2004, avec l’élection de Nicolas Sarkozy, la thèse de l’UMP prend le dessus et la France rejoint le camp du « partenariat privilégié ». Avec François Hollande, la position n’a pas trop bougée, l’adhésion turque est possible mais dans un lointain avenir.

Un autre blocage vient directement de la Turquie entre 2006 et 2008. Celle-ci refuse de reconnaître la moitié Sud de Chypre comme indépendante et menace les bateaux à pavillons chypriotes. Ce prétexte est saisi par la Turquie et par l’UE pour geler les négociations sur l’adhésion turque. Malgré tout, la Turquie participe à plusieurs évènements européens (notamment sportifs).
Un autre souci est celle de la question kurde. Cette minorité qui s’étale sur 4 pays (Turquie, Syrie, Irak et Iran) n’avait aucun droit et était même discriminée. Tout récemment, la Turquie a reconnu ???.
Le problème du génocide arménien est aussi un gros travail à faire car la Turquie refuse de reconnaître qu’elle a commis ce génocide et l’UE refuse un pays négationniste sur un fait avéré.

Tous ces soucis font que la question de l’adhésion à l’UE devient pour la Turquie un élément potentiel d’organisation. Si l’UE bloque l’entrée de la Turquie, celle-ci peut se tourner vers les pays d’influence turque d’Asie Centrale. Cependant, les langues même proches sont assez différentes les unes des autres. L’autre option retenue par Ankara serait le néo-ottomanisme, se tourner vers les États issus de l’ancien empire Ottoman. Cela est avéré principalement dans les Balkans où la Turquie s’est grandement impliquée. Mais malgré tout, la plupart des États sortis de l’influence de la Turquie, dont les Balkans, on préfère éviter ce genre de concept. D’ailleurs les États des Balkans sont plutôt prêts à rejoindre l’UE. Une troisième solution serait de se tourner vers le Moyen-Orient. Toujours dans le cadre néo-ottomanisme, la Turquie s’est impliquée en Irak, en Tunisie, en Lybie, en Egypte, … Cette alliance un peu vague aurait pu marcher si les pays s’étaient avérés stables, or ce n’est pas le cas et les résultats de cette politique d’Ankara sont mitigés. Ainsi, la crise syro-libanaise actuelle est plus au détriment de la Turquie qu’autre chose. Mais on voit bien que la Turquie a des capacités diplomatiques importantes et peut se construire des alliances extra-européennes. La reprise des négociations d’adhésion n’est donc pas le seul atout de la Turquie, elle est même possible prochainement.
En 2014, avec les élections européennes, on verra bien si l’UE préfère faire de la Turquie un partenaire spécial ou bien s’il est plus intéressant, même si ce sera long, de l’intégrer dans l’UE.

Lointaine, différente, militarisée, grande et islamique, la Turquie est si éloignée des autres pays européens qu’elle effraie. Elle cumule l’ensemble des problèmes qu’on rencontrait dans les pays précédents. Ce serait un poids lourd de l’UE qui ferait concurrence aux grands pays, ce qui effacerait encore les plus petits pays. De plus, on redoute les relents réactionnaires si la Turquie rejoint l’UE. On redoute tant la paralysie interne des négociations que l’entrée de la Turquie dans l’UE.
Cela provoque donc une relation asymétrique dans les négociations. Les élites turques ont du mal à comprendre pourquoi on les accepte quand il s’agit de candidater mais pas pour intégrer l’UE.

Enfin l’horizon lointain de l’UE est la Méditerranée puisque les États du Maghreb et du Proche-Orient ont déjà des liens avec l’UE. On a entre autres le projet de l’union pour la Méditerranée (Euromed) mais qui est en panne depuis la destitution des deux leaders du projet (Hosni Moubarak et Nicolas Sarkozy).

Géopolitique de l'Asie pacifique 22 - 10 (cours 4, fin)


Dragon wall, Eric Flexyourhead, Flickr.


Plusieurs types de tensions existent aujourd’hui en Asie, même s’il n’est pas rare que ces tensions s’entrecroisent lors de certains évènements.

Les principales tensions en Asie sont d’ordre mémoriel. C’est l’invasion japonaise d’autrefois qui n’a pas été effacée des mémoires. Le souvenir étant globalement négatif (à l’exception de Taïwan), il y a encore de forts ressentiments envers le Japon. Du coup, on voit assez souvent réémerger des tensions autour de cette époque et de la vision de l’Histoire que chaque pays en a. Ainsi, dans les manuels d’histoire japonais et chinois, on a deux interprétations différentes des invasions du Japon, notamment sur la question du massacre du Nankin. Un autre sujet assez lourd entre le Japon, la Chine et la Corée, c’est la question des femmes de réconfort. Ce problème demeure car, selon la Corée et la Chine, les dirigeants japonais ne reconnaissent pas suffisamment l’implication du Japon dans ce sujet très délicat. Ainsi, Shinzo Abe, président entre 2006 et 2007 a raté son premier mandat entre autre par ses négations concernant les femmes de réconfort. Il n’est pas le seul président à nier ce sujet. On a aussi le problème du sanctuaire Yasukuni où sont enterrés des militaires japonais qu’on honore dont certains sont en fait des criminels de guerre (y compris des criminels de guerre de classe A, c'est-à-dire fort peu recommandables, comme l’Amiral Tojo). A chaque fois que les dirigeants se rendent dans ce sanctuaire pour honorer la mémoire de ces héros, cela provoque systématiquement des tensions entre les pays d’Asie pacifique et le Japon. Typiquement, le Président Jun’ichiro Koizumi s’y est rendu de très nombreuses fois durant son mandat entre 2001 et 2006. Pour les Japonais, ce sanctuaire est un lieu historique depuis bien longtemps et il est logique qu’on aille rendre hommage à ses héros. Ils ne nient pas qu’il y a des criminels de guerre mais soulignent qu’ils n’y vont pas spécifiquement pour ces criminels. Ce d’autant plus que le Japon estime avoir déjà fait ses excuses sur ces sujets. Mais pour les autres pays, ces excuses sont insuffisantes et en demandent davantage. Ces points de discorde sont donc directement liés à la Seconde Guerre Mondiale.

D’autres tensions remontent à beaucoup plus longtemps.
Entre la Corée et la Chine, il y a une opposition sur la frontière en Corée du Nord. En effet, selon les Coréens, cette zone est le cœur d’un des royaumes qui a existé autrefois et qui a forgé la nation coréenne, le royaume Koguryo. Il y a quelques années, la Chine a décrété que cet espace était inclue sur le territoire chinois, et l’a inscrit dans ses manuels. La Corée a donc immédiatement réagi en décriant cette analyse. Cela revenait à dire que les origines de la nation coréenne provenaient de Chine.
D’autres désaccords se font sur des appellations territoriales historiques, mais cela est très sensible en dépit de son insignifiance. La mer qui sépare le Japon de la Corée est appelée par les Coréens « Mer de l’Est » et par les Japonais « Mer du japon ». Lorsqu’on remonte aux vieilles cartes d’autrefois, on retrouve plusieurs noms qui sont ressortis par chaque parti pour justifier l’appellation actuelle de cette mer. Mais ces tensions mettent à mal la plupart des projets de coopération y compris économiques. Ce climat de tabous pouvant exploser à tout instant n’est pas favorable aux projets. Un accord trilatéral doit unir la Chine, la Corée et le Japon, mais depuis deux ans, le Japon a été exclu des discussions et seules la Chine et la Corée ont lieu, du fait de la résurgence des tensions.
L’Asie du Nord-Est n’est pas la seule concernée par ce genre de désaccords. Ainsi, du fait de la Konfrontasi entre Indonésie, Malaisie et Philippines, on a cycliquement des tensions qui reviennent autour de la propriété de certains territoires (comme les deux Etats malaisiens que sont le Sabah et le Sarawak, et que l’Indonésie réclame). Cependant, ces tensions sont globalement beaucoup moins dangereuses qu’en Asie du Nord-Est grâce à la mise en place de l’ASEAN. En effet, sur le plan économique, on peut critiquer l’ASEAN mais sur le plan politique, cette initiative a permis de lentement calmer le jeu sur les tensions politiques. Dès 1967, lors de son implantation, l’ASEAN n’a pour but que cette logique politique et elle y parviendra.

Toute une série d’enjeux tournent autour des questions territoriales. Ces tensions ont émergées principalement du fait d’un grand changement dans la région dans les années 1990, le retour de la Chine au premier plan des acteurs locaux. De son succès économique, la Chine se sent plus légitime pour intervenir dans les enjeux locaux et notamment sur des questions territoriales. Elle va donc entrer en conflit avec plusieurs de ses voisins. Cela est renforcé par le fait que pour la première fois, le Japon et la Chine sont tout deux des puissances importantes au même moment. Dans tous les cas, la Chine est toujours opposée à ses voisins principalement autour du Nord de la mer du Chine et du Sud de la mer de Chine.
En mer de Chine du Sud, la Chine estime qu’une très vaste partie de du Sud de cette mer lui appartient. Le problème majeur est que cette zone est très proche des côtes vietnamiennes, malaisiennes, bruneiennes,  indonésienne et philippines. Les pays concernés tracent leur zone maritime depuis leurs territoires actuels, ce qui fragmentent le Sud de la Mer de Chine, mais qui convient globalement à tout le monde. Cet espace maritime serait plein de ressources potentielles mais permettrait aussi d’avoir une présence territoriale et politique dans la région, entre autres pour repousser la présence des bases américaines dans la région. Pour réclamer son territoire maritime, la Chine réclame la possession d’ilots qui lui donnent le droit de réclamer cet espace. La cour internationale de justice a été saisie par les Philippines sur ce sujet et est en train de traiter la question. On a aussi quelques tensions entre les pays locaux du fait d’îlots isolés. Ainsi, l’île Natuna possession indonésienne est réclamée par le Vietnam et la Chine, cette fois-ci dans un intérêt purement économique, les nappes de pétrole sous l’île jouant pour beaucoup.
En mer de Chine de l’Est, le conflit oppose presqu’exclusivement entre le Japon et la Chine. La zone maritime appartenant au Japon est assez vaste mais repose sur la possession par le Japon de certaines îles. Le problème premier est que cela rapproche beaucoup la zone maritime japonaise, des côtes chinoises. A cela s’ajoute le problème des îles Senkaku (pour le Japon) ou Diaoyu (pour la Chine). Au Japon, le maire de Tokyo suit la logique de plus en plus nationaliste du pays et a ouvertement menacé de mettre la main sur les îles Senkaku. Les dirigeants japonais voulant éviter qu’un homme de cette trempe possède les îles, le Japon a décidé de racheter les îles à leur propriétaire en nationalisant les îles. Pour la Chine, c’est une décision du gouvernement japonais pour affirmer leur puissance. Depuis septembre 2012, cette question reste tendue, d’autant que des mouvements nationalistes en Chine et au Japon se sont manifestés. De plus, Taïwan s’y est mêlé réclamant ces îles qui lui appartenaient avant le traité de Shimonoseki. Sur ce plan, la Chine estimant que Taïwan n’est qu’une de leur province, les deux pays sont d’accord pour s’opposer au Japon. Mais la question n’est pas véritablement réglée. Si l’on excepte ces îles récemment mises au jour, on a aussi une vaste zone tampon réclamée tant par la Chine que par le Japon. En dépit de la présence d’hydrocarbures (assez rares) sur cette zone, il s’agit sans doute plus d’une question d’influence politique.
On a aussi un différent autour de petits îlots, les rochers Liancourt (en Occidental), Dokdo (en Coréen), Takeshima (en Japonais). Cela oppose le Japon et la Corée mais pour le moment, personne n’en parle. Comme pour les îles Senkaku, on a occasionnellement des résurgences de ce point de tensions. Ainsi au cours de l’été 2012, Lee Myun Bak, ancien président coréen, s’est rendu sur ces îles à la fureur de Pékin. Là encore, l’enjeu n’est nullement économique, l’intérêt est surtout qu’on peut accroître ainsi le territoire et la zone maritime.
On a aussi un conflit entre la Chine et Taïwan sur les îles Pescadores, qui ont un intérêt stratégique puisque la possession de ces îles permet de contrôler le détroit de Formose.

On trouve aussi des conflits autour de frontières terrestres, souvent liées au problème de décolonisation. Le principal sujet de controverse étant la partie Nord de l’île de Bornéo, la région du Sabah étant réclamé par les Philippines mais appartenant à la Malaisie. Plus récemment on a eu un conflit entre le Cambodge et la Thaïlande autour du temple de Priah Vihéar. Un premier conflit a opposé les deux pays et la loi internationale avait tranché en faveur de la Thaïlande, mais l’accès au temple, appartenait au Cambodge. Du coup, en 2012, les tensions ont ressurgies suite à des difficultés thaïlandaises internes. La Thaïlande a joué du nationalisme pour calmer son jeu intérieur.

On a aussi les différents qui tournent autour des conflits énergétiques. Parfois les conflits territoriaux y sont liés, mais ce n’est pas systématique. De plus, ces conflits peuvent prendre place sans contexte de frontière. Globalement, et depuis peu, la région est importatrice de ressources énergétiques. Mais longtemps, le Sud-Est asiatique était riche en ressources (du pétrole au Myanmar, au Vietnam, en Indonésie, en Malaisie et à Brunei) et le Nord-Est assez pauvre (typiquement le Japon n’ayant aucune ressource a décidé de développer le nucléaire, la Corée a peu de ressource et la Chine a quelques ressources en charbon et des ressources en pétrole mais largement insuffisantes pour satisfaire le pays). Avec sa croissance économique, la région est devenue importatrice nette de pétrole pour supporter son développement. Ce pétrole vient du Golfe mais circule dans les détroits du Sud-Est asiatique (détroit de Malacca, détroit de la Sonde, détroit de Lombok, …). Ces détroits sont donc devenus très stratégiques pour la région et sont autant que possibles sécurisés. Le détroit de Malacca était très stratégique mais très instable. Du coup, en s’organisant, Singapour, la Malaisie et l’Indonésie se sont organisés pour sécuriser ce détroit. L’Asie centrale est aussi un espace important pour les ressources énergétiques. Enfin la Birmanie, devenue fréquentable récemment, devient un allié de choix pour le passage de gazoducs et d’oléoducs alimentant le Sud de l’espace chinois.
La question nucléaire était aussi importante puisque le Japon et la Corée étaient les deux pays les plus dépendants du nucléaire après la France. Mais l’incident de Fukushima a refroidi ces logiques bien qu’un abandon complet de cette option soit aussi inenvisageable. Plus récemment, le Vietnam a décidé de développer sa technologie nucléaire, Japon et Corée sont au premier plan pour fournir les équipements.

On trouve aussi des différents stratégiques dans la région. Au premier plan de cet aspect stratégique, on trouve les USA qui s’opposent à la Chine. Si évoquer une nouvelle Guerre Froide est ridicule, on ne peut nier un relatif affrontement entre les deux puissances. Pour les USA, la zone est pleine d’alliés essentiels : le Japon (dont la force militaire tient surtout à l’armée américaine), la Corée du Sud, Taïwan, les Philippines et la Thaïlande. La Chine est donc encadrée par ses alliés des Américains (surtout si on rajoute le Pakistan). En réponse, la Chine affiche des ambitions d’influence stratégiques dans la région. Avec leur stratégie de rééquilibrage, les USA souhaitent consolider leur présence dans la région. La Chine a peu d’alliés surs dans la région, les liens sont plus faibles.
Les stratégies d’influence passent davantage par des alliances économiques : le Trans-Pacific Partnership (TPP), développé par les USA, est une alliance économique qui exclue la Chine et face à cela, on trouve le Regional Comprehensive Economical Partnership (RCEP) qui correspond à l’ASEAN +6 est où la Chine se trouve, mais pas les USA.

Les points les plus chauds qui demeuraient dans la région étaient Taïwan et la Corée du Nord. Or depuis peu, on constate que Taïwan est devenu un point de tension mais plus aussi chaud qu’auparavant. Le risque d’affrontement direct entre la Chine et les USA sur ce sujet s’est peu à peu effacé, Taïwan s’accommodant plutôt bien de la présence chinoise pour des raisons économiques. Si l’île est très dépendante de l’activité chinoise et vice-versa, sur le plan politique, les oppositions demeurent mais ne sont plus aussi explosives qu’autrefois.
Ne reste donc que la Corée du Nord qui pose un réel souci de sécurité mondial. Même réputé comme étant l’allié chinois, la Chine ne maîtrise pas complètement le régime. Le régime Nord-Coréen apparaît plus comme un allié encombrant pour la Chine. Son attitude téméraire et va-t-en-guerre pourrait être la cause d’un conflit armé. C’est donc la zone la plus instable de la région.

Ethique européenne 18 - 10 (cours 3)


Et intervint un caravanier.
Caravanes de dromadaires aux environs de Nouakchott, Mauritanie, Yann Arthus Bertrand.




Avec la destruction du temple de Jérusalem en 70 avant Jésus-Christ, le peuple juif est dispersé partout de par le monde mais formera principalement deux communautés : les Ashkénazes et les Séfarades. Un homme apparait alors et se dit le messie envoyé de Dieu. Cet homme, qui n’est autre que Jésus, va lourdement influencer tant le peuple juif que les autres peuples. L’influence de Jésus sera très grande puisque le monde païen, au prix de nombreuses guerres, va disparaître devant la Chrétienté. Entre le I° siècle et le VI° siècle, un empire en émergera, l’empire byzantin. L’empereur de cet empire, est lui aussi sacré et comme dans les guerres anciennes, il mènera des guerres au nom de Dieu. La culture des Byzantins était très renommée. C’est l’Empire Byzantin qui a christianisé l’espace méditerranéen au travers de plusieurs guerres.
Mais certains étaient opposés à la doctrine de Byzance. Cette doctrine reposait sur le fait que Jésus était fils de Dieu et le sauveur du monde. Ceux-là disaient que Jésus était un prophète mais pas un fils de Dieu. Ils ont alors été exclus de l’empire pour se séparer en deux groupes : d’un coté le chef Arius, et de l’autre le chef Donatius. Remettant en cause Jésus en tant que fils de Dieu, les deux chefs remettaient en cause toute la structure de l’Empire Byzantin. Ils fuiront dans le désert et formeront des tribus sur place, dans l’arba. Ils vont tout doucement s’opposer à Byzance. Bien entendu, arrive un jour, un commerçant caravanier qui rencontre les populations aryennes et donatiennes. Cet homme va alors rencontrer une femme qui est séduite, ils se mettent ensemble et de sa richesse, Mahomet n’a plus besoin de travailler. Il va alors méditer et parfois entrer en transe. Il va développer sa notion en niant que jésus soit fils de Dieu mais ne nie pas que Jésus puisse avoir été un prophète. Cependant, ses cousins s’en prennent à lui. Il fuit alors le désert d’Arabie avec ces disciples et part faire la guerre, contrairement à Jésus. En effet, avec Byzance qui redoute ce mouvement rebelle, Mahomet devient chef de guerre. A force de victoires dans le désert, Mahomet agissant au nom de Dieu, convainc les populations locales. Il revient à La Mecque en 629 victorieux des Juifs, des Byzantins, des Aryens et des Donatiens. Il mène alors la bataille des fossés contre ses cousins mais ne tue pas les ennemis et leur propose un choix. Soit il leur fait la guerre et risque de détruire La Mecque avec la preuve de sa probable victoire puisqu’il a déjà gagné la Bataille des Fossés, ou soit on le laisse rentrer, lui, ses hommes et sa religion. La conquête islamique débute donc à ce moment. Pour Mahomet comme pour les rois Juifs, la guerre est sainte.

A la mort de Mahomet, son beau-père est à sa droite, son gendre (marié à Fatima) est à sa gauche. Or il déclare avant de mourir que lui succèdera celui qui est « le plus proche de lui ». D’un point de vue du sang, c’est Ali. D’un point de vue philosophique, c’est Abou Bakr. Les fidèles d’Ali sont les Chiites (littéralement le chiisme c’est l’expansion) et les fidèles d’Abu Bakr sont les Sunnites. Mais en réalité, au moment du décès de Mahomet, il n’y a pas de scission. En fait, 4 califes réclament la succession de Mahomet et vont se suivre : Abou Bakr, Omar, Uthman et Ali. Lorsqu’Ali prend le pouvoir, après que les trois califes précédents furent assassinés, la question de la succession de Mahomet revient : le sang prime-t-il ou est-ce la fidélité à l’Islam ? Pour une partie de la communauté c’est le sang qui prime. Ali et ses fidèles sont attaqués par les Sunnites et le mouvement se scinde définitivement selon ces deux logiques religieuses. Ali, écrivain et poète doué, lorsqu’il est mort assassiné fut suivi par ses fidèles qui sont devenues les Alaouites (forcément Chiite).

Le mouvement wahhabite vient d’Abdel Wahhab qui a demandé au milieu du XVIII° siècle à toutes les tribus du désert de s’unir contre le chiisme. Il fallait faire en sorte que la terre du prophète, devienne Terre Sainte et qu’elle ne soit pas profanée par des impies qui mettraient le pied dessus. Les tribus vont donc s’unifier et tenter de former une monarchie. Wahhab et ses descendants s’allieront à la tribu Saoud qui tenait Riyad. Au début du XX° siècle, les tribus Saoud et Bachir s’affrontent pour posséder le territoire. Le Royaume-Uni comme les USA vont alors soutenir les Saoud au travers de plusieurs traités. Au final, ce sont bien les Saoud qui règneront en maître sur l’Arabie Saoudite.
Selon le wahhabisme, la terre du prophète est sainte. Aucune autre religion ne peut s’y rendre. Autre principe, on s’allie pour assurer le pouvoir du roi. Enfin, il faut appliquer entièrement la loi religieuse, la charria. L’expansion islamique s’est donc faite en perse, en Jordanie, en Palestine, … Les Chiites sont principalement implantés en Iran, dans le Sud-Est irakien et des communautés dans d’autres pays y compris en Arabie Saoudite. Il est cependant vrai que les antagonismes entre Chiites et Sunnites sont toujours très violents.

Mais le véritable drame de l’Empire islamique est son occupation par les Ottomans pendant quatre siècles (du XV° siècle au début du XX° siècle). Cette culture ottomane va modifier la religion islamique avec des sultans, c'est-à-dire des hommes de pouvoir qui se réclament califes. Le Général Attaturc qui détruit le sultanat en mars 1924 va quelques mois conserver de le califat avant de le détruire. Ni Sultan, ni calife, Attaturc revendique la notion de laïcité. Sa volonté de détruire l’Islam passait par la destruction de ces deux emplacements. Il a imposé l’écriture latine et laïcisé l’armée. Il a aussi déclaré « Je suis fatigué de ce cadavre encombrant qu’est l’Islam et qu’on ne me parle plus de ce débauché de Mahomet. ». L’Empire Ottoman va alors insister sur la décadence de l’Islam au cours des quatre derniers siècles. L’Islam va alors épouser la réalité et cesser de parler de guerre sainte. Avec la bataille de Lépante qui oppose Attaturc à Pie V ???.