Sociologie politique de l'Europe du Sud 26 - 11 (cours 7)



Europe du Sud et l'effet domino.




Les mutations de l’Europe contemporaine


La crise européenne de 2008 a rendu plus nette l’affaiblissement des États du Sud, d’autres pensent que cette crise a accentué les autres crises au sein de ces pays.


I.                   L’Europe du Sud, un « bloc géopolitique » ?

1.      La question de la « faiblesse » de l’État

Plus faible que dans les autres parties de l’Europe, les États d’Europe du Sud sont soit post-autoritaires, soit fragiles et poreux. On est loin d’États somalisés, mais ils sont relativement affaiblis. Si l’État est faible, c’est aussi parce qu’il y a une forme de clientélisme avec des groupes qui payent l’État ou un État qui paye d’autres élites pour se maintenir. L’hypothèse de l’Europe du Sud, est que ces pays seraient un peu plus clientélistes qu’en Europe du Nord.
La religion en apparence ne joue pas puisqu’on a des pays catholiques, d’autres protestants et d’autres encore musulmans. Les thèses affirmant le contraire sont largement dépassées aujourd’hui.

2.      Une normalisation et une autonomisation : la crise européenne contemporaine

D’un point de vue purement historique, on constate qu’il y a une normalisation du système étatique sur le long terme, notamment le Sud de la France. La seule vraie différence de l’Europe du Sud, c’est que ce sont les pays qui sont le plus plongés dans une crise économique (à l’exception notable de l’Irlande).
Avec la crise de 2008 venue des USA, la Grèce est la principale concernée. En novembre 2009, le gouvernement socialiste nouvellement élu décide de révéler l’ampleur du déficit grec, non pas 6% de déficit comme annoncé mais 12,7%. Le choc provoqué entraîne donc la crise grecque. Plus intéressant est le fait que la réalité de cette dette fut longtemps cachée, signe que les élites contrôlent mal ou cachent la vérité. L’État grec est donc devenu très rapidement un État faible. L’Union Européenne (UE) avec l’aide du Fond Monétaire International (FMI) et de la Banque Centrale Européenne (BCE), organise des plans de restructuration économique pour limiter les dégâts grecs. Or bien vite, on réalise que ce n’est pas une cure grecque qui va vraiment renforcer l’État, qu’au contraire, les plans d’austérité pour percevoir des taxes ne sont pas assurés par les fonctionnaires et cela affaiblit de nouveau ces États. Bien évidemment le cas grec se révèle se répéter ailleurs en Europe. De plus, il n’y a pas de solution à court terme pour solidifier l’État.
Les dettes se multiplient : Portugal, Espagne, Italie, Chypre, … Pourtant la dette portugaise est du même niveau que la dette française, seulement ce pays a du mal à lever ses propres impôts. Les Mécanismes Européens de Stabilité Financière de 2010 sont donc à destination de l’Europe du Sud, idem pour le Pacte Budgétaire Européen de 2012. En dépit de ces mesures, la dette grecque continue de grimper. Preuve qu’il est difficile de transformer un État de manière profonde.
Relativement faible et décentralisé comme l’Espagne, ces crises sapent aussi les systèmes alternatifs de soutien. Ainsi en Espagne, si l’État ne peut assurer l’aide, c’est au « matelas » (économie familiale et informelle) d’assurer l’alternative. Or un État qui se solidifie veut contrôler ce domaine détruisant un système économique de secours. Les États ont du mal à assurer ces politiques, du coup on voit une hausse des forces conservatrices hostiles à l’UE qui se double d’une scission entre une Europe du Nord et une Europe du Sud.
Le cercle vicieux de la dette se révélant difficile à quitter, l’UE tend maintenant à restructurer les dettes, soit les annuler, pour mieux faire repartir les États. Plus généralement, cela remet en cause l’Europe comme un État puisqu’on a des parties de l’Europe en faillite, d’autres non, qu’on a du mal à choisir son orientation, … En revanche depuis un an, la situation tend à se stabiliser, notamment depuis l’intervention de la BCE. Cela révèle qu’on a une UE peu influente politiquement excepté sous l’aspect économique avec cette BCE qui agit par elle-même. D’ailleurs la nomination de Mario Draghi à la tête de la BCE (après Jean-Claude Trichet), a révélé que les pays d’Europe du Sud, comptaient comme quantité négligeable dans l’UE. L’effet domino a été stoppé, les États douteux sont contenus à l’Europe du Sud. Il y a donc eu une solution externe à cette crise économique. Première variable d’ajustement, une cause externe. Seconde variable d’ajustement, l’immigration. Si l’État n’arrive pas à s’autorenforcer, alors seule l’immigration est possible. On voit donc les Espagnols et les Portugais émigrer en Allemagne, … De zone d’immigration, l’Europe du Sud est redevenue une zone d’émigration des élites et des plus diplômés notamment. Cette émigration est aussi un aveu de faiblesse de l’État qui ne parvient pas à employer sa main d’œuvre, ne peut contrôler ses propres flux, … Après cette émigration est plus restreinte qu’il y a longtemps. De plus, dans le cas du Portugal, on voit une émigration des diplômés portugais vers l’Angola et le Brésil. D’une part, on a du pétrole et de l’autre, on a un État en plein essor.


II.                Les spécificités de l’Europe du Sud

1.      Le maintien des particularités « méditerranéennes »

Dans plusieurs cas, en Grèce ou en Turquie, les armées restent des organisations contrôlées par l’État. La variable religieuse ne semble pas jouer tant que ça, même si la religion prend parfois le dessus sur la politique dans certains cas (Turquie islamiste, Grèce orthodoxe, …). Troisième particularité, un certain conservatisme social plus important en Europe du Sud qu’en Europe du Nord (la décohabitation, taux de nuptialité, …). La faiblesse de l’État renforçant le conservatisme social en faisant par exemple de la famille une institution importante.

2.      Des sociétés d’Europe du Sud en tension

Comme l’État est faible structurellement, il est peu en capacité de réguler les conflits sociaux qui vont alors se régler par des économies parallèles (famille, marché noir, …).
Les flux migratoires reviennent en force dans ces pays. On a donc une émigration de jeunes qui cherche à s’expatrier, doublée d’un phénomène d’immigration de jeunes diplômés des Pays du Sud qui tentent leur chance dans ces pays.
Troisième élément, le contexte géopolitique après la longue crise européenne s’est compliqué avec les Révolutions arabes. En effet, les pays d’Europe du Sud sont au premier plan lors de ces Révolutions et y sont donc confrontés. La déstabilisation de la Méditerranée Sud a indirectement touché la Méditerranée Nord, d’où leur silence quant aux instabilités dans ces régions, l’histoire et les tensions étant nombreux.
Quatrième élément, la question environnementale, épée de Damoclès qui pèse sur les pays d’Europe du Sud avec notamment la question du réchauffement climatique qui concernerait d’abord ces pays arides ou semi-arides. Cela toucherait évidemment aussi le domaine de l’eau, ces pays étant déjà plus ou moins en manque d’eau, il va leur falloir s’organiser autrement s’ils veulent conserver leur politique agricole. Autre dimension environnementale, la question énergétique puisque ces pays sont très dépendants des énergies étrangères (hydrocarbures, nucléaire, …). Mais ils sont en général assez en retard sur ces questions. Ces politiques demandent cependant des États stables, solides et forts qui peuvent trouver des ingénieurs, des diplômés disponibles, …

Les mutations de l’Europe du Sud sont certaines mais ne prouvent pas encore que les problèmes actuels sont réglés.

Relations Europe - Amérique 21 - 11 (cours 3)


La Révolution Américaine, revue par Assassin's creed.



Le Républicanisme affirmé est donc aussi une critique du républicanisme ancien. Dans un premier temps, les Fédéralistes adressent une critique aux démocraties anciennes qui étaient pétries par les passions humaines, les luttes d’intérêts et les factions. On la décrivait comme des démocraties turbulentes un peu comme Platon l’avait déjà dit. En revanche, cela n’applique en rien un régime démocratique ou aristocratique puisque la base est populaire. Avec cette base populaire acquise en Amérique, mais pas en Grèce antique, cela permet aux USA de s’appuyer sur des mœurs devant aboutir à une république commerçante. Il faut donc absolument utiliser, former et orienter les intérêts et les capacités. Pour arriver à ce résultat, il faut multiplier les relations entre les hommes. Les auteurs du fédéralisme défendent donc fermement un système national et fédéral. Ce qu’ils considèrent essentiels dans leur « gouvernement complexe », c’est que la nouvelle Constitution veut préserver la base populaire de sa légitimité en la dotant d’un pouvoir fédéral de l’Union qui soit fort et énergique. De cette manière, on conserve l’unité de la République. La force de l’Union doit dépasser celle des États. Pour un fédéraliste, la formation de la République fédérale est le meilleur moyen d’étendre la sphère du gouvernement populaire.

Ce qui est original dans ce fédéralisme de 1787, ce sont deux nouveautés qui favorisent le passage de la petite République à la grande République commerciale. La vertu civique antique n’est plus de mise aux USA, d’autres valeurs prennent le dessus dans la participation de l’Union. Le participationisme de la Grèce antique est dépassé dans le cas des USA. Le citoyen moderne est aussi un individu et peut sortir de la politique s’il le souhaite. Par extension on peut y voir une séparation classique entre espace privé et espace public.


Le pouvoir de l’Union s’exerce à la fois sur les États fédéraux et sur les individus. L’individu est donc intégrer à un espace plus vaste encore que celui de son État fédéral. L’individu n’agit plus seulement localement mais peut agir au sein de groupes supérieurs à son état. Le système politique des USA était censé réduire la multiplication des factions en multipliant les niveaux d’influence des citoyens.

Dans le jeu des factions politiques de ce nouvel État, The Federalist propose ???. Dans une vision économiciste des fondateurs, Madison insiste beaucoup sur l’importance des divisions dans l’inégalité et l’étendue des propriétés. De plus, il souligne les dangers que constituerait la domination d’une majorité pauvre et indigente pour les plus riches de la nation. D’autres causes de division existent et sont placés sur le même plan : les dissenssions religieuses, l’attachement à un chef prestigieux ou ambitieux, … A chaque fois, Madison oppose minorité et majorité. Peu importe que les gens soient pauvres ou riches, le risque c’est la tyrannie de la majorité. L’analyse marxiste de la Constitution semble alors perdre de son prestige.
Autre critique des fédéralistes, le pluralisme serait bénéfique par lui-même. Or Madison considère les factions comme un mal. Pour lui, « la liberté est à la faction ce que l’air est au feu ». Donc la faction est le produit de la liberté et de la nature humaine. Or la diversité des opinions vient de la faiblesse de l’intelligence humaine qui n’engendre pas une ??? absolue ???. L’importance des factions apparaît donc comme un mal nécessaire. Pour tenter de neutraliser ce mal nécessaire, il faut éviter de vouloir le saisir à la source pour ne pas toucher à la liberté.
Pour The Federalist, dans les conditions contemporaines de la politique, il y a plusieurs moyens d’endiguer cette multiplication des factions. Le premier est le caractère fédéral de la Constitution dans la mesure où, par son ampleur spatiale, il élargit l’esprit public. La prise en compte des intérêts locaux exprimés dans les factions, est articulée et élargie grâce à l’échelle nationale qui est beaucoup plus vaste. La Constitution fédérale est une voie pour répondre aux deux appels et exigences politiques qu’expriment les factions : assumer l’intérêt particulier et construire un système tel que l’opinion publique doit tenir compte des intérêts généraux de la nation. Le second moyen pour réduire cela est de pousser à la multiplication des factions pour éviter que l’une d’entre elle ne rassemble toutes les adhésions. En multipliant les luttes entre factions, on réduit le risque que celles-ci s’allient. De plus les tendances n’ont plus de limitation certaine ce qui rend difficile l’identification de leurs capacités et de leurs forces.
La théorie des factions a favorisé le fédéralisme en combinant un héritage anglais qui s’exprimait dans l’Union, où les représentants exercent leur pouvoir de délibération avec une certaine indépendance à l’égard de leurs électeurs. Cela évite de servir un intérêt particulier avec le fait que les sénateurs ressemblent aussi à leurs électeurs. La Révolution française en revanche visera la réduction des factions.
Reconnaissant la réalité du pouvoir donc ses divisions, ses limites et ses contrepoids, sont des idées éminemment libérales. Enfin un intérêt incontournable pour eux est la protection des individus. Expérience pratique et théorique se complètent donc dans The Federalist : la théorie du système fédéral, l’étude du mouvement des factions, celle des pouvoirs qui sont présents dans un système de ce type, ... Il faut donner son énergie au régime représentatif pour réaliser les objectifs de cette République. Pour garantir la sécurité de la république contre les ennemis extérieurs, l’exécutif est alors là pour répondre aux situations d’urgence quand le législatif est là pour combiner la prise en compte des intérêts particuliers et celle des intérêts de l’Union. Le Président a une capacité de réponse immédiate mais n’est dangereux que s’il possédait des pouvoirs relativement étendus. Il fallait donc limiter ses pouvoirs. Quant au pouvoir judiciaire, il s’impose comme celui qui peut « déclarer nul, les actes législatifs contraire à la Constitution. » Il s’agit donc d’établir un contrôle de constitutionnalité des lois par tous les tribunaux avec en autorité supérieure la Cour Suprême. Il y a des niveaux de vigilance du pouvoir judiciaire. La volonté du peuple devant dépasser la volonté de la législature, la Constitution fruit de la volonté du peuple, peut prendre le dessus sur certaines lois.

L’importance de The Federalist en matière de doctrine politique vient du fait qu’il a exploré plusieurs questions de la doctrine politique libérale moderne. Tout d’abord, régulièrement débattue, la question de la combinaison entre la logique libérale de la représentation et la logique démocratique de l’égalité. La souveraineté populaire est la seule source du pouvoir légitime mais paradoxalement, elle ne peut jamais s’incarner. En effet, la logique de représentation libérale ne s’exprime que dans une fragmentation et une diversification des pouvoirs et des institutions représentatives, tout en répondant au problème de la souveraineté populaire (on est trop nombreux et pas tous disponibles pour faire de la politique). Peuple et représentés sont alors maintenus à distance de la politique et ne sont pas obliger d’y participer constamment.
Autre question, celle des limites devant être données aux jeux de l’opposition des intérêts. Ces intérêts ne peuvent s’harmoniser spontanément mais doivent faire l’enjeu d’un jeu politique sans excès et hors logique commerçante. A une question politique, il faut répondre par une logique politique. On ne peut pas se fier à un système politique dans la mesure où précisément, il n’est pas rationnel. La politique n’apporte pas de solutions mais propose des choix. L’économie ne peut pas répondre à un enjeu politique en offrant une solution économique. Les intérêts en politique ne s’analysent pas de manière économiste. La solution sera organisée selon des principes libéraux et de limitation. « On l’a remarqué souvent, il semblait réservé au peuple de ce pays par sa conduite et son exemple : … », le système politique élaboré doit se faire en fonction de ce que l’on veut et de la fin qu’on désire.
On a donc une mise en place politique qui donne une place aux vaincus (les antifédéralistes avec le Bill of Rights) et aux vainqueurs, tout en restant mesuré. D’ailleurs par la suite, on va voir aux USA une culture politique du compromis qui veut articuler les différends divers entre les tendances politiques en place. La crise de la guerre civile est par exemple à la fois un compromis et une décision supérieure de l’Union. En effet, l’Union abolit radicalement l’esclavage mais laisse aussi aux États le droit de rédiger leurs constitutions. Il y a négociation permanente aussi entre les différentes branches du pouvoir pouvant prendre la forme d’une évolution avec certains pouvoirs qui semblent prendre le dessus sur d’autres pouvoirs (comme l’opposition entre Roosevelt et la Cour Suprême).

Sociologie politique de l'Europe du Sud 19 - 11 (cours 6)





 Le Musée des Civilisations Méditerranéennes, à Marseille.




La France Méditerranéenne : entre normalisation et autonomisation


Cette zone comporte quatre régions françaises le Languedoc Roussillon (chef lieu, Montpellier), la région Provence Alpes Côtes d’Azur (dite région PACA, chef lieu Marseille), la Corse (chef lieu Ajaccio) et Monaco. C’est un espace très tourné vers la Méditerranée avec un héritage colonial et méditerranéen qui pèse beaucoup. C’est aussi un espace fait d’entreprises politiques très autonomes ce qui en fait un enjeu important lors des prochaines élections municipales et européennes. La forte médiatisation de cet espace en fait donc une zone très particulière de l’État français.


I.                   La différenciation politique

1.      Une « sous-région » divisée

Historiquement, on avait des départements classifiés comme étant « du Sud » ou « du Midi » mais ils n’avaient pas de véritable existence administrative. C’était un territoire tourné vers la Méditerranée et les colonies. En 1956, on donne une existence à ces régions sur le papier, avec la création de la région PACAC (le dernier C représente la Corse) ou Languedoc-Roussillon. Le nom même de ces espaces montre à quel point cette construction est artificielle (à l’inverse de l’Aquitaine ou de la Bretagne). Notons qu’au début, la Corse ne formait qu’un seul département (numéro 20) compris dans la région PACAC.

En 1962, deuxième évènement important pour cet espace, la décolonisation. En effet, les rapatriés des anciennes colonies françaises se réfugient au plus proche et viennent s’installer dans cet espace. La France Méditerranéenne devient donc le pôle principal d’immigration en Europe. C’est ainsi que Marseille devient une ville cosmopolite avec des grandes communautés.

En 1972, les régions ont de véritables droits administratifs.
En 1975, la Corse est scindée. Non seulement la Corse devient une région à part et quitte la région PACA, mais en plus, deux départements sont créés Haute-Corse (2a) et Corse du Sud (2b).

En 1982, la période de décentralisation fait de la Corse un lieu d’observation. On applique des lois à la Corse et en fonction des résultats, on généralise le système ou non. On y teste le droit électoral entre autres.
En 1986, les tests effectués en Corse sont mis en place dans le reste de la France. La région PACA et le Languedoc-Roussillon ont donc les mêmes prérogatives que la Corse. Immédiatement le Front National (FN), le Rassemblement Pour la République (RPR) et l’Union pour la Démocratie Française (UDF) mettent en place des coalitions pour diriger cet espace. Aujourd’hui encore, la question d’une droite très conservatrice dans le Sud de la France demeure active.

En 1992, cette sous-région est divisée mais se normalise sur le plan politique. En effet, avec des élections qui ont amenées des alternances, on voit la fin des coalitions avec le FN. On a aussi un éloignement de la Corse qui s’amorce  avec quelques points légaux qui font de la Corse une zone d’outre-mer. Cela se confirmera en 2010, avec l’élection au conseil régional d’autonomistes corses qui ont voté, en 2013, la cooffficialité de la langue corse et française.






2.      Le cas de Monaco

Que faire de l’État de Monaco ? C’est un État très petit sur le papier, la preuve en est qu’ils construisent sur la mer. La côte ne fait que 3 km de long, mais si l’on comprend l’espace maritime, on a du Nord au Sud 88km. C’est un espace très cher et très riche. Monaco s’est développé au XIX° siècle dans un traité avec la France qui lui a donné son indépendance. C’est un État relativement démocratique avec sa propre constitution. Monaco est à l’ONU, au Conseil de l’Europe, signe que c’est un État reconnu internationalement. Et pourtant sur d’autres plans c’est étrange, par exemple, Monaco fut champion de France au football.
Donc à la fois très intégré dans le fonctionnement français, Monaco reste un État indépendant avec une religion d’État, une royauté constitutionnelle et un système fiscal très particulier. L’évasion fiscale de Monaco est très connue mais peu en France car ce système fiscal est interdit aux Français.

3.      Les spécificités des territoires de la France du Sud

Cette sous-région assez divisée ???. Première hypothèse, l’État français serait-il plus faible dans cet espace ? On peut supposer que oui. L’État français est plus poreux et plus remis en question dans son espace méditerranéen. Ainsi, on constate qu’il a des difficultés à intervenir contre la pègre marseillaise. Peut être que cela demande du temps, mais pour le moment, l’État a du mal à y intervenir. Ainsi les travaux locaux doivent être acceptés par des organisations criminelles moyennant des rémunérations. On peut noter la faiblesse du système sécuritaire de l’État aussi qui a du mal à appréhender lesdits criminels.
La nuance peut être apportée si on considère que tous les évènements journalistiques se limitent à Marseille, pas particulièrement à la région. On a donc une normalisation régionale avec une exception marseillaise. On peut rajouter un second bémol, la criminalité dans les Alpes maritimes qui se fait pourtant avec très peu de violence (blanchiment d’argent sale, …).

Autre spécificité, la Corse, une région qui s’autonomise progressivement. Le rapport avec l’État est d’ailleurs très difficile depuis que les nationalistes corses ont pris un tiers des sièges du conseil régional. Historiquement, la France est l’État colonial et on a vu émerger le Front de Libération National Corse (FLNC, en référence au FLN d’Algérie). Il y avait aussi un terrorisme corse tourné contre les « continentaux », habitants de la France métropolitaine, mais aussi contre les institutions françaises (commissariat, palais de justice, …). Enfin, il y a une autonomisation de la culture corse qui en fait un espace social plus différencié que le reste de la France. D’ailleurs on a quelques clans familiaux qui dominent en Corse et l’État est parfois instrumentalisé, parfois il doit négocier avec eux.

Pour le Languedoc-Roussillon, on a une particularité inverse, c’est une des régions les plus dépendantes de l’État en termes d’emplois publics, de financements, de redistribution, … Cet espace a été complètement aménagée par l’État en 1955, on en a fait une zone balnéaire pour les classes populaires (type la Grande Motte). On a donc une spécificité aussi de cette région.

Deuxième ensemble de spécificité, celle des élites politiques. On a tendance a souvent se demander dans ses régions ce que fait l’État. On a donc des élites politiques plutôt « traditionnelles », plutôt issues de la notabilité, blanches, catholiques, masculines, … Alors même que les populations locales sont très diversifiées. Monaco est encore plus particulière du fait que c’est un micro-État monarchique. Pour la région PACA et Languedoc-Roussillon, les élites sont assez traditionnelles quand la population est diversifiées (Italiens en région PACA ; Marocains en Corse ; pieds-noirs et maghrébins à Nice, Montpellier, Perpignan, Marseille ; Gitans à Perpignan, Arméniens à Marseille). On a la dimension très traditionnelle de certaines élites comme Jean-Claude Gaudin, tout en ayant de nouvelles élites très diversifiées venues des immigrés, tout en se confrontant aux élites du Front National.




II.                Le champ politique

1.      Des leaderships « atypiques »

C’est notamment le cas avec le Languedoc-Roussillon dont on connaît les grands noms : Jacques Blanc et Georges Frêche. Le premier a fait deux coalitions avec le FN. Le second qualifié de populiste avec un clientélisme affiché et revendiqué, a eu des propos véhéments contre l’État français, où ses propos racistes (sur les Noirs en équipe de France, les Harkis, …). Du coup, les élections de 2010, il a du les faire seul car aucun parti ne le soutenait. En dépit de cela, il a gagné assez largement ces élections régionales. Son succès tient à sa politique de construction très visible entre autres.

En Corse, on trouve deux présidents, celui du Conseil exécutif de Corse et celui de l’assemblée. Cette bicéphalie permet d’éviter un leadership d’un seul individu.

Auparavant, on a longtemps eu des chefs de clans qui tenaient des mairies, des régions, … Dorénavant, cela devient assez rare et c’est donc notable.

2.      La normalisation ?

Le cadre de la région PACA illustre cette normalisation. Ainsi Nice, a longtemps été gouverné par la famille Médecin entre 1928 et 1991, de tendance extrême-droite. En 1991, le fils Médecin est parti en Uruguay suite à une grosse affaire de corruption. En 1995, après avoir quitté le FN, Jacques Peyrat passe et devient maire de Nice jusqu’en 2000. En 2008, c’est une alternance classique qui a lieu avec l’élection de Christian Estrosi. La vie politique a donc été très particulière.

Autre exemple, le cas de Marseille, avec Gaston Defferre qui a dirigé une mairie droite-gauche avec des soutiens plus ou moins douteux de 1953 à 1986. On a ensuite eu des mandats courts et très instables, puis cela s’est stabilisé avec Jean-Claude Gaudin pour trois mandats et un potentiel quatrième mandat. On a donc eu une alternance à peu près stable depuis 1986.

Troisième exemple, les élections des Bouches-du-Rhône, dirigées par Jean-Noël Guérini depuis 1998, un homme politique très controversé mais en place depuis peu de temps. Controversé dans son propre Parti (le PS), il est mis en examen dans plusieurs affaires, ce qui semble le plomber pour les prochaines élections.

Dernier exemple reflétant la normalisation de la vie politique, c’est la Côte d’Azur. Ce département est tenu entièrement par l’UMP de Menton à Cannes. On a toujours quelques petites particularités avec des candidats qui se tirent dans les jambes, comme à Cannes. Mais on constate une normalisation de l’extrême-droite vers une droite UMP plus classique.